Le sport féminin à la télé : ce que le grand public regarde vraiment
Actualités

Le sport féminin à la télé : ce que le grand public regarde vraiment

Le 21 juillet 2024, France 2 a réuni 3,4 millions de téléspectateurs pour un match de handball féminin en prime time. À minuit, ma mère m’a appelé pour m’en parler. À minuit. Jamais elle n’avait fait ça pour un match de handball masculin. Comme quoi, la visibilité médiatique n’est pas qu’un chiffre dans un rapport de la FIFA ; c’est aussi une discussion en famille qui déborde.

Depuis quelques années, je consulte régulièrement sportivechronique.fr, et c’est là que j’ai compris une chose toute bête : le sport, quel qu’il soit, vit d’abord par ses récits. Une compétition sans commentaire, sans portrait, sans polémique, ça reste un résultat brut. Ce site défend une chronique sportive qui prend le temps de raconter, sans se contenter du score. Et ce travail de fond est exactement ce qui manquait au sport féminin pendant des décennies.

Les chiffres qu’on ne regarde pas en face

Le rapport du CSA de 2019 pointait 20 % de temps d’antenne consacré au sport féminin sur les chaînes historiques. Cinq ans plus tard, on tourne autour de 25 %. On progresse. Lentement. Et l’écart se resserre surtout lors des grands événements : JO, Coupe du monde, Euro. Le reste de l’année, les championnats nationaux restent dans l’ombre, sauf sur quelques plateformes spécialisées.

Pourtant, quand les diffuseurs y mettent les moyens, le public suit.

La finale de la Ligue des champions féminine 2023 entre Barcelone et Wolfsburg a rassemblé 3,6 millions de téléspectateurs sur France 2. Un record. La même chaîne avait fait moins bien avec plusieurs matchs de Ligue 1 masculine la même saison. Ce n’est pas une anomalie statistique. C’est un signal.

A lire aussi :  Louer un local à une salle de sport : ce que le bail commercial impose au propriétaire

Le vrai problème n’est pas le public, c’est la programmation

J’ai longtemps pensé que le sport féminin manquait d’audience. Faux. Il manque de créneaux décents. Un match diffusé à 14 heures un mardi après-midi sur une chaîne secondaire ne peut pas réunir grand monde, et ce n’est pas une preuve de désintérêt : c’est de l’arithmétique de base.

Les chaînes le savent. Elles achetaient les droits à bas prix parce que personne ne les poussait à faire autrement. Le calcul était simple. Mais depuis que France Télévisions et quelques acteurs privés investissent dans le sport féminin, la donne change. TF1 a diffusé la finale de la Coupe du monde de rugby féminin 2022 en direct. M6 retransmet la Coupe du monde féminine de football 2023. Ce ne sont plus des gestes symboliques.

Les journalistes, maillons faibles ou maillons forts ?

Il y a un point que je trouve sous-estimé. Ce ne sont pas les caméras qui changent la perception, ce sont les mots qu’on met dessus. Un commentateur qui connaît les joueuses, qui raconte leurs parcours, leurs blessures, leurs saisons moyennes, ça transforme un match en histoire. On s’attache.

À l’inverse, une retransmission technique, sans contexte, sans profondeur, laisse le spectateur devant onze noms qu’il ne connaît pas. Et il zappe. Ce n’est pas du sexisme conscient, souvent. C’est un déficit de travail éditorial. La chronique sportive, celle qui prend le temps de traiter le sujet, manque encore. Le commentaire d’antenne aussi.

Des rédactions ont commencé à bouger. Des podcasts, des newsletters, des émissions dédiées existent. Ce ne sont pas des vitrines, ce sont des lieux de mémoire du sport. Une joueuse de handball comme Allison Pineau ou une footballeuse comme Wendie Renard méritent le même traitement narratif que leurs homologues masculins. Et ça ne veut pas dire nier les différences de niveau. Ça veut dire arrêter de cacher le récit.

A lire aussi :  Quel sport attaquer lorsqu’on est fumeur ? Le guide pour reprendre sans s’épuiser (ni abandonner)

Ce que le lecteur peut faire, concrètement

On peut tous agir, à notre échelle. Regarder, d’abord, ce qui existe. Partager, ensuite. Écrire aux diffuseurs, parfois. Un mail reste souvent sans réponse. Mais les pétitions et les campagnes d’associations comme « Les Internettes » ou « Femmes, sport et médias » ont obtenu des changements réels. Lentes, mais réels.

Et puis il y a la lecture. S’informer par des chroniques sportives indépendantes, en dehors des grands groupes, c’est aussi une manière de soutenir un journalisme qui ne se contente pas du résultat brut. Le sport n’est pas qu’un business. C’est une culture. Et comme toute culture, elle mérite ses critiques, ses débats, ses désaccords.

Ma mère, depuis ce match de handball, a commencé à suivre la Ligue Butagaz Energie. Elle ne connaît pas tous les noms. Mais elle regarde. C’est déjà beaucoup.